Alep et le génocide arménien
BOHJALIAN, Christopher A., 2017. Filles du désert. Paris : Charleston

Roman
« Alep (Syrie), 1915. Elizabeth Endicott, une jeune Américaine, arrive en Syrie durant le génocide arménien. Elle se lie d'amitié avec Armen, un ingénieur arménien qui a perdu sa femme et sa fille. Mais très vite, Armen quitte Alep pour s'engager dans l'armée anglaise. Il entame alors une correspondance avec Elizabeth et comprend qu'il est tombé amoureux de la riche Américaine, si différente de la femme qu'il a perdue. Bronxville, banlieue de New York, 2012. Laura Petrosian, romancière, n'a jamais accordé beaucoup d'importance à ses origines arméniennes. Jusqu'au jour où une amie l'appelle : elle croit avoir reconnu la grand-mère de Laura sur une photo tirée d'une exposition au musée de Boston. Laura entreprend alors un voyage à travers son histoire familiale et découvre un terrible secret enfoui depuis des générations. »
Alep et le génocide arménien
Le génocide arménien, reconnu comme tel par la communauté internationale, constitue l'un des premiers génocides du XXe siècle. En avril 1915, l’Empire ottoman, dirigé alors par les ‘Jeunes Turcs’ dont le ministre de l'intérieur Talaat Pacha , ordonne dans un premier temps des vagues d’arrestation systématiques de notables et d’intellectuels arméniens au motif d'un prétendu complot contre le gouvernement. La conscription des hommes arméniens dans l'armée ottomane est abolie, marquant définitivement l’exclusion de cette minorité hors de la communauté nationale. Enfin, il lance les déportations massives de populations civiles, organisées sous prétexte de la sécurité militaire. Ces déplacements forcés dans des conditions inhumaines dans des marches de la mort ont conduit des centaines de milliers d’arméniens vers le désert de Syrie. Outre les conditions déplorables de ces convois, composés essentiellement de femmes, enfants et personnes âgées, privés de nourriture, d'eau et de soins, ils devaient en plus faire face à des pillages systématiques, des massacres, des viols sur les routes, notamment dans les provinces de l'Euphrate et de l'Anatolie orientale.
La ville d'Alep a joué un rôle paradoxal et crucial dans la logistique de ce génocide.
D'une part, elle a servi de point de transit majeur pour les déportés arméniens venus d'Anatolie, transformée en un véritable carrefour où les convois étaient regroupés puis triés avant d'être envoyés vers les camps de concentration du désert de Deir ez-Zor. Ainsi, la ville a été le théâtre de la mise en place d'une administration ottomane facilitant la logistique du génocide, organisant la collecte des biens confisqués et coordonnant les départs vers les zones d'extermination.
Cette logistique du génocide à Alep impliquait une collaboration complexe entre les autorités ottomanes, les milices locales et des réseaux de transport. Les déportés étaient ainsi contraints de passer par Alep avant d'être envoyés vers les camps du désert, où la plupart mouraient de faim, de soif ou de violence. Les archives ottomanes et les témoignages de survivants décrivent des scènes de souffrance extrême car les déportés étaient souvent laissés sans abri ni ressources avant d'être réexpédiés vers leur destin funeste.
Ce génocide se déroule sous les yeux de nombreux témoins occidentaux présents notamment à Alep. Ceux-ci rédigent de très nombreuses notes détaillées à destination des gouvernements occidentaux, qui pour autant interviendront peu au-delà de la simple protestation verbale. Nous sommes en effet en 1915 et la première guerre mondiale bat son plein en Europe et ailleurs. Quant à l’Allemagne, son rôle n’est toujours pas bien établi : si elle n’a pas activement pris part au génocide, il apparait qu’elle en avait pleinement connaissance ; de plus, il est avéré que quelques fonctionnaires isolés ont pu prendre des mesures en soutien à celui-ci.
Pour conclure, il faut mentionner que ces massacres n’ont pas concerné que la seule communauté arménienne de Turquie, mais aussi les populations araméennes (assyrienne, chaldéenne, syriaque), pontiques ainsi que des Syriaques et des Yézidis.
D'autre part, Alep servit de refuge relatif à un nombre réduit de survivants, notamment grâce à la présence de communautés arméniennes résidentes et à l'action de certains diplomates et religieux. Ils s’installèrent et renforcèrent par leur présence la communauté arménienne de la ville.

