Alep, ville marchande

MANSEL, Philip, 2016b. Aleppo. First edition. London, England : I.B. Tauris. ISBN 978-1-78453-461-5.
Alep, grande ville marchande
Ce livre se compose de deux parties distinctes : la première traite de l’histoire de la ville depuis la conquête de la ville par les Ottomans conduits par Yavuz Selim en 1516 jusqu’à nos jours, mettant en avant la place de premier plan qu’elle a occupé dans le commerce de la région sous l’Empire ottoman ; la seconde présente les témoignages écrits de quelques voyageurs occidentaux sur la ville du XVIIe siècle au début du XXe siècle.
Grace aux Ottomans, « ce n’était plus une cité frontière mais un entrepôt au centre d’un empire ». « La conquête avait rendu Alep ottomane ; le commerce en fit une cité mondiale. Au carrefour de l’Anatolie, du Croissant Fertile et du désert syrien, là où la route de la Soie s’approche de la Méditerranée, Alep était une destination naturelle pour les marchands. Des caravanes de chameaux arrivaient chaque année d’Inde, d’Iran, du Golfe, d’Erzerum, de Damas et de la Péninsule arabique. Ils faisaient halte à Alep avant de poursuivre vers les ports d’Alexandrette sur la Méditerranée, d’Izmir sur la Mer Egée, ou Constantinople. » (Mansel 2016a)
Elle devint la troisième ville la plus importante de l’Empire ottoman, derrière Constantinople et le Caire. Si elle resta bien « une ville arabophone à majorité musulmane, Alep devint également une cité levantine », à savoir une cité avec les caractéristiques suivantes : « une localisation sur ou proche de la Méditerranée ; la proéminence du commerce international et des consulats étrangers ; l’usage de langues internationales (…) ; une relative tolérance et un équilibre numérique entre les différentes communautés. » (Mansel 2016)
En effet, dès la moitié du XVIe siècle, Alep accueillit des consulats européens, d’abord vénitien, puis français, puis anglais et hollandais dans le cadre du système des capitulations instauré par l’Empire ottoman. Ce système accordait des droits et des avantages notamment commerciaux aux Occidentaux résidant au sein de l’Empire, lesquels n’étaient pas soumis aux lois de l’Empire mais relevaient de la juridiction de leur consulat. Ils disposaient dès lors de la pleine liberté de se déplacer, de faire du commerce et de pratiquer leur religion.
Ainsi, la forte présence française à Alep et son influence sur la ville n’ont pas commencé avec l’arrivée des militaires français en 1920 mais remonte à ce système, qui finira par être problématique pour l’Empire ottoman. En effet, non seulement il pénalisait la production locale en favorisant les commerçants étrangers mais il permettait également de soustraire les minorités religieuses à l’autorité de Constantinople, justifiant ainsi les ingérences étrangères des puissances européennes.
Nous aborderons dans un autre article le détail des minorités religieuses et ethniques qui composaient et composent toujours une grande partie de la population de la ville. Mais il est certain que ces minorités en lien avec une diaspora étendue et l’ouverture sur le monde de la ville ont grandement favorisé son dynamisme commercial. Il faut toutefois mentionner qu’elle n’était pas juste un lieu de passage mais aussi un lieu de production locale notamment de produits artisanaux (savon, cuirs, verre…) et de textiles. Alep occupait une place centrale dans la production et le commerce textile et les toileries alépines étaient exportées vers l’Europe et notamment vers Marseille, point d’arrivée principal des produits en provenance d’Alep à l’époque ottomane.
Cette prépondérance du commerce dans la vie économique de la ville se traduit également dans son urbanisme. Ainsi, « en 1600, il y avait 53 khans ou caravansérails et 56 souks à Alep. Les souks sombres, étroits et voûtés étaient les plus grands du Moyen-Orient. Ils s’étendaient sur 12 kilomètres . » (Mansel 2016) Le commerce à grande échelle nécessitait effectivement une logistique formidable pour une ville, laquelle devait être capable d’accueillir les marchands, de les héberger et les restaurer, de stocker leurs marchandises et d’abriter les animaux des caravanes parfois de taille considérable. Je reviendrai également dans un prochain article sur les caravansérails d’Alep car ils occupent une place importante dans la géographie urbaine de la ville.
Pour aller plus loin :
Sur le système de capitulation dans l’Empire ottoman :
https://www.lesclesdumoyenorient.com/Capitulations.html
Sur la production et le commerce du textile à Alep sous l'Empire ottoman

